Radicalités : histoire des courants, de 1848 aux années 1970
Le mot « radicalité » a une histoire : radicaux de gouvernement, syndicalistes révolutionnaires, anarchistes, communistes d'opposition, gauche de la gauche d'après 1968.
Un mot, une histoire
« Radical » est un de ces mots que l'histoire politique française a usés jusqu'à la corde, au point qu'il désigne successivement — et parfois simultanément — des républicains de gouvernement, des révolutionnaires professionnels et des courants d'ultra-opposition. Faire l'histoire des radicalités, c'est donc d'abord ranger chaque courant à sa date, à son organisation et à ses textes, sans confondre les héritages revendiqués avec les filiations établies. Tel est l'objet de cette page : une boussole documentaire, que complètent nos études sur le manifeste, l'écologie politique et les alliances.
Les radicaux, un parti de gouvernement
Le premier « parti radical » est paradoxalement le plus institutionnel : fondé en 1901, le Parti radical et radical-socialiste est l'une des plus anciennes formations politiques françaises encore existantes. Héritier des républicains avancés de la Troisième République, il doit son nom à sa volonté d'achever le programme républicain — laïcité, impôt progressif, réformes sociales — par des moyens parlementaires. Ses figures, de Léon Bourgeois, théoricien du « solidarisme » à la fin du XIXe siècle, à Édouard Herriot et Édouard Daladier, l'ont conduit jusqu'aux responsabilités gouvernementales, souvent en alliance avec la gauche, parfois avec la droite : histoire qui rappelle qu'une « radicalité » peut être un art du compromis. Le parti s'efface progressivement de la scène nationale dans la seconde moitié du XXe siècle, sans disparaître.
Syndicalisme révolutionnaire et anarchisme
Une seconde radicalité naît dans le monde du travail plutôt que dans les assemblées. La CGT, constituée en 1895 au congrès de Limoges, se dote en 1906 de la Charte d'Amiens, texte fondateur qui affirme l'indépendance du syndicalisme à l'égard des partis et la perspective d'une émancipation ouvrière par l'action directe — grève, syndicat, mutuelle. Autour de la revue La Vie ouvrière, créée en 1909 par Pierre Monatte, se dessine un syndicalisme révolutionnaire dont l'influence dépassera largement ses effectifs. Plus loin encore, l'anarchisme, porté en France par les héritages de Mikhaïl Bakounine puis de Pierre Kropotkine, pratique la propagande par la parole et par l'écrit ; les lois dites « scélérates » de 1893-1894, votées après une série d'attentats, frappent durement ses militants avant que le mouvement ne se réorganise autour de la presse, du syndicalisme et des universités populaires.
De Tours aux gauches des années 1970
La troisième étape est une scission : au congrès de Tours, en décembre 1920, la Section française de l'Internationale ouvrière se divise ; la majorité crée ce qui deviendra le Parti communiste français, la minorité conserve la SFIO autour de Léon Blum. Dès les années 1920-1930, des oppositions se dessinent en marge du nouveau parti : courants trotskystes, dont la presse paraît dans la semi-clandestinité, et courants conseillistes ou bordiguistes, à faible effectif mais riche production théorique. Après 1945, la carte des radicalités se redessine : le PSU, fondé en 1960 autour de thèmes d'autogestion, accueille une gauche réformatrice hors des grands partis ; les années 1968 voient croître une extrême gauche étudiante et ouvrière — ligues trotskystes dont la Ligue communiste, dissoute en 1973 puis reconstituée en Ligue communiste révolutionnaire en 1974, héritière de la tradition de La Vérité des années 1930 ; groupes maoïstes ; courants libertaires renouvelés. L'étude de ces chapelles exige les mêmes instruments que celle des grands partis : textes, journaux, effectifs, évolutions — et une égale distance, l'histoire n'ayant pas à prendre parti entre les chapelles qu'elle décrit.
Revue rétrospective : les faits, dates et chiffres présentés relèvent de la documentation historique et statistique publique. La rédaction ne prend position sur aucun débat contemporain et ne publie aucune donnée personnelle.